Sarri

Sarri, en euskara, signifie tout à la fois gambader, emporter et récolter. Malgré sa polysémie, pour tous, Sarri est d’abord le surnom de Joseba Sarrionanda, écrivain qui s’est volatilisé il y a 34 ans de cela, mais dont les textes continuent à émerger chaque année, sortis d’on ne sait où si ce n’est de sa plume. Son maquis est longtemps demeuré inconnu, mais on a fini par en deviner les contours caraïbes. Les enfants des ikastolas lui envoyaient des messages dans des bouteilles, espérant qu’ils parviendraient jusqu’à « son île ».
Sarri appartenait à un groupe d’écrivains euskaldun, dont faisait également partie Atxaga, premier auteur basque à décrocher l’équivalent espagnol du Goncourt. C’est à cette période qu’il rencontre un autre de ses pairs, Mikel Antza, qui dirigera ETA* de 1993 à 2004. C’est une des particularités de l’organisation séparatiste que d’avoir dès ses prémices embarqué en son sein un grand nombre d’écrivains. La qualité littéraire de ses communiqués des débuts, qui maniaient avec un brin de coquetterie les divers dialectes de l’euskara, trouve sans doute sa source à leur plume. Peut-être peut-on aussi lui attribuer l’imagination mise en œuvre dans certaines de ses actions les plus audacieuses. Mais la répression n’épargne pas les gens de lettres, et alors qu’il vient de recevoir trois prix littéraires, Sarri est condamné en 1980 à plusieurs dizaines d’années de prison pour son appartenance à l’organisation. Cinq ans plus tard, à l’occasion des fêtes de la San Fermin, le chanteur Imanol se produit dans l’enceinte de sa prison de Donostia. Le concert fut très réussi, paraît-il. Mais quand il est ressorti après son tour de chant, ce sont dans ses enceintes à lui que se cachaient Sarri et un autre etarra. L’ingénieur du son d’un jour n’était autre que Mikel Antza, venu chercher son ami, lui permettant par son ingéniosité de se faire la baffle, comme on dit désormais. Avant qu’il ne disparaisse.
Durant plus de trente ans, Sarri fut dans son pays ce jeune homme de trois quarts sur un vieux cliché pris en prison. Ses compatriotes ne verraient pas vieillir son visage. Ses textes seulement attesteraient de sa vie, en milliers de lignes puisant leur muse dans l’exil, thème si tristement cher à ce peuple. Sarri s’était fait mots. Jusqu’en 2016, où une deuxième photographie, dans la même pose que la première, fut publiée. Malgré les années, on reconnaît ses yeux à la teinte légèrement ironique. Celui-ci annonce publiquement qu’il a vécu tout ce temps à Cuba, comme nombre d’exilés de sa contrée que le leader maximo avait accepté d’accueillir, à condition qu’ils restent sur l’île. Il y a fondé une famille et enseigne aujourd’hui à l’université de La Havane. Iñaki Pikabea, le compagnon d’évasion de Sarri, a été arrêté en 1987 pour ne recouvrer la liberté qu’en 2000. Antza, quant à lui, vient de finir en 2019 une peine de quinze ans de prison. Les Oiseaux errants se sont posés à la fenêtre où la lumière et l’ombre se séparent…

Sarri, Sarri

Je ne sais pas ce qui se passe,
Dernièrement,
Les gens se mettent souvent à danser.
Ce doit être lié
Au fait qu’il en manque deux
Au « décompte général ».

Sarri, Sarri…

Les animateurs radio étaient sur place,
Émettant en direct,
Mangeant sûrement une paella,
Et Piti et Sarri, sous leur nez,
Sans qu’ils s’en rendent compte, s’en sont allés.

Sarri, Sarri…

Il est difficile de créer
Un son plus agréable,
Sarri, dit le peuple,
En le célébrant au champagne,
L’encierro de Pampelune
Est ici un contre-encierro,
Et le foulard rouge
Recouvre le ciel.

Sarri, Sarri…

Traduction des paroles du groupe Kortatu
sur la musique de Chatty Chatty (Toots and the Maytals)